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PRÉSENTATION DU
GRAND ORIENT DE FRANCE
Le Grand Orient de France est la plus ancienne et la plus
importante obédience maçonnique française. Il est issu de la réforme de la
Première Grande Loge de France en 1773. Ses origines se confondent donc
avec l'apparition des loges dans notre pays (à la veille de la Révolution,
il comptait encore parmi ses Grands Officiers le frère Puisieux qui avait
été Maître de Loge dès 1729 !). Le Rite Français, en fait la version
française du rite de la Grande Loge de Londres importé à Paris dans les
années 1720, est aujourd'hui encore le plus pratiqué. Mais tous les rites
ayant marqué l'histoire maçonnique comme le Rite Ecossais Ancien Accepté
(1804) ou le Régime Ecossais Rectifié (1776) ont trouvé leur place dans
l'obédience au cours de sa longue histoire. Ces rites sont conçus comme
des outils d'accès à la connaissance et non comme des fins en soi.
Dès sa création le Grand Orient de France s'est voulu le corps
fédérateur de la Franc-Maçonnerie française. Jusqu'à la Seconde Guerre
Mondiale, il rassemblait d'ailleurs plus des deux tiers des Maçons
français. Aujourd'hui il a pris acte de l'éclatement du paysage maçonnique
français et il est la seule grande obédience traditionnelle à entretenir
des relations fraternelles avec toutes les obédiences, y compris mixtes et
féminines, dont il reconnaît la parfaite légitimité maçonnique.
Se voulant fidèlement "le centre de l'union entre des personnes qui
sans cela seraient restées perpétuellement étrangères", le Grand Orient de
France a aboli, en 1877, l'obligation pour ses membres de croire à
"l'existence de Dieu et à l'immortalité de l'âme". Ainsi est née la
Franc-Maçonnerie libérale qui laisse à ses membres une absolue liberté de
conscience et de recherche. Le Grand Orient considère que la Maçonnerie
n'est pas d'essence religieuse et que les conceptions métaphysiques
relèvent exclusivement de l'appréciation personnelle. Les loges du Grand
Orient de France travaillent donc selon leur choix, soit sous l'invocation
de la Franc-Maçonnerie Universelle, et c'est la grande majorité, soit à la
gloire du Grand Architecte de L'Univers. Certaines loges réfléchissent
surtout sur les défis politiques et sociaux qui se posent à qui veut faire
en conscience son devoir de citoyen, d'autres privilégient le travail sur
le symbolisme, la plupart suivent une démarche humaniste équilibrée entre
réflexion sur la cité et recherche initiatique.
Poli par les siècles, le langage symbolique des rites tend à
l'universel et permet de rassembler loin des contingences du quotidien et
au delà des clivages habituels. La fraternité maçonnique dont la loge est
le creuset doit être un lieu de questionnement et de débats entre des
hommes de bonne volonté quelles que soient leurs croyances. Dans cette
perspective une confrontation des différences qui vise à comprendre ce qui
fait l'unité de l'homme est l'une des clefs de l'initiation. La dimension
initiatique est l'outil essentiel qui permet au maçon de trouver un sens à
son existence et d'insérer ce sens dans celui d'une humanité marchant vers
l'émancipation.
Dans la tradition maçonnique de recherche et d'émancipation humaine que
représente le Grand Orient de France, l'initiation doit transformer
l'homme dans toutes ses dimensions. Aujourd'hui encore il revendique ces
principes énoncés en 1738 par le frère Chevalier de Ramsay : "Les hommes
ne sont pas distingués essentiellement par la différence des langues
qu'ils parlent, des habits qu'ils portent, des pays qu'ils occupent, ni
des dignités dont ils sont revêtus. Le monde entier n'est qu'une grande
République... C'est pour faire revivre et répandre ces essentielles
maximes prises dans la nature de l'homme que notre société fut d'abord
établie". Les Francs-Maçons du Grand Orient seront parmi les principaux
artisans de l'avènement puis de l'enracinement dans notre pays de la
République démocratique laïque et sociale qui fait aujourd'hui partie de
l'identité française et à laquelle l'immense majorité de nos concitoyens
est profondément attachée. Ils se considèrent un peu comme les garants et
l'avant-garde du régime républicain qui seul peut assurer l'épanouissement
de chacun dans la Liberté, l'Egalité et la Fraternité. L'histoire du Grand
Orient de France est une suite d'engagements des membres qui le composent
tendant à donner corps à ces principes.
Aujourd'hui fort de 44000 membres inscrits dans 1000 loges réparties
sur le territoire métropolitain mais aussi hors métropole, en Afrique et
en Amérique du Nord, le Grand Orient a participé à la renaissance de la
Franc-Maçonnerie dans les pays d'Europe Centrale et Orientale.
INTRODUCTION
La Franc-Maçonnerie Moderne est une Institution qui va vers ses trois cents
ans d'existence.
Elle descend directement, ou d'une façon symbolique, des Maçons Constructeurs
du Moyen åge qui se sont déplacés durant plusieurs siècles à travers toute
l'Europe pour y bâtir des édifices religieux ou profanes dont la plus grande
partie existe encore aujourd'hui.
Ils se réunissaient le soir pour préparer les travaux du lendemain et
enseigner à leurs apprentis leur Art, l'art de bâtir, dans une maison commune
qu'ils appelaient la Loge. En Angleterre, en 1717, alors que l'ère des grandes
constructions de ce type est terminée et que les Maçons constructeurs se
raréfient, des personnalités qui avaient été en contact avec eux bien qu'ils ne
fussent pas de l'art de bâtir et que l'on appelait les Maçons Acceptés,
notamment des membres de la Royal Society, société savante de l'époque,
reprirent le flambeau et créèrent la Grande Loge de Londres.
Après la Franc-Maçonnerie Opérative des bâtisseurs de cathédrales, la
Franc-Maçonnerie Acceptée où les bâtisseurs acceptaient en Loge des gens qui
n'étaient pas du métier, s'ouvrait la période de ce que l'on appelle aujourd'hui
la Franc-Maçonnerie Spéculative, celle où l'on ne remue plus des matériaux mais
où l'on remue des idées.
Par les marins et les commerçants, la Franc-Maçonnerie qui s'était très vite
répandue en Angleterre passa sur le continent et les premières Loges Maçonniques
s'installèrent en France dans les années 1726-1730, notamment dans les ports
tels que Bordeaux ou Dunkerque.
Mais, dans cette période où allaient naître les idées nouvelles de Liberté,
d'Egalité, qui conduiront à la Révolution Française et à la République, la
France entre dans le Siècle des Lumières. Du " Club " qu'elle était en
Angleterre, les Loges Maçonniques qui se répandent très vite dans notre pays
deviennent la caisse de résonance de ces grandes idées nouvelles et vont se
transformer en lieux de débats d'idées émancipatrices pour les Hommes et les
Sociétés.
Le Grand Orient de France qui va se constituer en 1773 et qui restera la
seule Obédience Maçonnique en France jusqu'à la fin du siècle dernier, poursuit
encore ce combat actuellement.

BREF HISTORIQUE
DE LA FRANC-MAÇONNERIE
1 – Sources philosophiques et origines.
Depuis l’Antiquité, divers courants philosophiques ont favorisé à certaines
occasions l’existence d’écoles, de groupes et de filiations s’appuyant sur des
rites communautaires et des transmissions graduelles de connaissances. Plusieurs
de ces écoles ont prôné l’égalité entre leurs membres et constitué des espaces
de libre réflexion par rapport au monde environnant.
Tout au long de la période médiévale, certaines tendances du christianisme,
tant dans le monde monastique qu’à travers la résurgence cyclique de poussées
" hérétiques ", attestent la permanence de thèmes et de recherches.
Parmi ceux ci, le désir évangélique de justice sociale et d’égalité,
l’affirmation de la primauté de l’Amour et le refus de la violence, la
perpétuation de certaines règles de groupes et une quête de Connaissance - y
compris avec une part de rationalité et des revendications de libre arbitre -
sont des traits fréquents.
La franc-maçonnerie va plus ou moins consciemment assumer cet héritage et
l’amalgamer à la dynamique humaniste de la Renaissance et aux importantes
évolutions philosophiques des 17ème et 18ème siècles. Dans ces transmissions
capillaires et cette élaboration, elle ajoutera au passage des éléments tirés de
l’imaginaire chevaleresque, tel qu’il perdure en France à la fin de l’Ancien
Régime.
Ce sont cependant les corporations de bâtisseurs du Moyen Age qui ont fourni
un cadre et un modèle à la franc-maçonnerie moderne. Ces structures médiévales
perpétuent alors une culture millénaire de la pierre qui se manifeste dans des
modes d’organisation et de transmission du Métier, dans l’importance donnée à la
solidarité interne, dans des signes et cérémonies spécifiques d’admission et de
reconnaissance.
La franc-maçonnerie spéculative est née à son contact, avec son dessein
propre. Elle conserve et adapte une partie des habitudes corporatives, comme les
éléments vestimentaires, les représentations emblématiques, les termes de
vocabulaire et certaines bases rituelles. C’est plus précisément au XVIIe siècle
et dans les Iles Britanniques que se greffent, sur les loges opératives
traditionnelles, des cellules d’un type nouveau. L’ancienne théorie de
" l’acceptation ", qui expliquait cette mutation par une augmentation
progressive du nombre des membres non-manuels, les " acceptés ", au
sein des loges, a été corrigée au profit d’une explication localisée, datée et
comprise dans un contexte précis : celui de l’Ecosse et de l’Angleterre du
17ème siècle. Dans ce contexte, ces loges d’un genre nouveau se sont affirmées,
en tirant avantage des conditions de sécurité et des préceptes pacifiants et
œcuméniques qu’elles ont trouvé.
Une de ces évolutions, à savoir la formule anglaise qui s’impose au début du
18ème siècle, se sépare totalement des origines opératives, dont le rappel–
sorte de simulacre- ne sert plus qu’à donner une légitimité par l’ancienneté.
Cette formule s’impose avec la réunion de quatre loges londoniennes en 1717, qui
créent la première obédience, et la publication des Constitutions d’Anderson en
1723, actes fondateurs de la franc-maçonnerie moderne.
2 – La franc-maçonnerie française au 18ème siècle
Rapidement, l’intérêt des élites anglophiles fait que des loges se créent en
France et en Europe. La curiosité du public est alors déjà vive. La
prédisposition de beaucoup de membres cultivés de la société fait que la
nouvelle institution se développe et se répand dans le monde entier en quelques
décennies. Elle comprend d’abord deux grades, le grade de Maître, d’origine
britannique, avec sa dramaturgie légendaire basée sur le meurtre d’un Maître
Architecte, est adopté dans les années 1730/40.
Bien avant le milieu du siècle, la franc-maçonnerie française, tout en
restant fidèle pour l’essentiel aux usages importés, élabore un modèle propre
qui aura une influence continentale. Elle jouit également dès cette époque d’une
totale autonomie. La " franche maçonnerie " de notre pays conserve
fidèlement le positionnement primitif des Colonnes, J au Septentrion et B au
Midi, avec l’emplacement des Surveillants correspondant, la batterie en
" deux coups précipités et un lent ", l’entrée du pied droit, ainsi
que la plupart des formules qui caractérisent - paradoxalement sous le nom de
Rite des Modernes - les pratiques les plus anciennes connues. Toutefois, elle
introduit l’usage de l’épée, créé son propre modèle iconographique de tapis de
loge (avec en particulier les pierres brute et taillée et les lacs d’amour, tels
que nous les connaissons) et enfin, dote la cérémonie de réception d’innovations
fondamentales : cabinet de réflexion, voyages et épreuves par les éléments,
adoubement.
Tout au long du 18ème siècle, la franc-maçonnerie, si elle s’impose
effectivement comme un " Centre de l’Union et le moyen de concilier une
sincère amitié parmi les personnes, qui n’auraient jamais pu sans cela se rendre
familières entre elles " comme l’exprime les Constitutions d’Anderson,
reste un lieu de sociabilité mondaine et festive. Réseau cosmopolite tôt marqué
de traits solidaires et égalitaires, parfois traversée d’éclairs novateurs et
visionnaires, elle baigne toutefois dans une tonalité morale et culturelle qui
demeure longtemps conformiste et élitiste.
Il faut attendre le dernier quart du siècle pour que de plus importantes
évolutions philosophiques soient sensibles, sous formes de préoccupations
humanistes ou même d’approches que nous qualifierions de symbolistes. Ces
évolutions viennent au terme d’une crise centrifuge qui affecte la maçonnerie
française dans les années 1760, marquée par l’éclatement de la première
obédience (née à la fin des années 1730 et dite " première Grande
Loge ") en plusieurs blocs rivaux, par le foisonnement de grades
complémentaires, la structuration progressive de nouveaux rites et l’affirmation
de courants plus mystiques, aux côtés d’un courant rationaliste majoritaire.
La structuration du corps maçonnique français en Grand Orient de France, en
1773, permet de fédérer, d’harmoniser et de codifier l’ensemble des structures
et des usages en vigueur. Cela a représenté une avancée considérable, décidée
démocratiquement par les députés des Loges. La grande majorité de ces dernières
s’unifie sous les auspices de l’Obédience, hormis une " Grande Loge de
Clermont " qui, refusant notamment l’élection des Vénérables, poursuivra
seule son chemin quelques années et, pour finir, fusionnera avec l’Obédience en
1799, après les évènements révolutionnaires.
Cette réorganisation de la franc-maçonnerie française va permettre de
consigner et de préciser le corpus rituel et administratif pratiqué depuis le
début du 18ème siècle. Fixée en 1785, imprimée en 1801 dans un Régulateur du
Maçon, cette codification prend le nom de Rite Français. Cette période, qui voit
de plus le Grand Orient de France se doter d’un système de Hauts Grades propres
au Rite Français, est par ailleurs caractérisée par la naissance du Régime
Ecossais Rectifié en 1778 ou plus tard, en 1804, du Rite Ecossais Ancien
Accepté, que l’Obédience reconnaît également. L’unification réalisée assure
d’emblée un bon fonctionnement obédientiel en apportant des solutions aux
principales difficultés antérieures. Elle est à la base de la croissance et du
rayonnement continental constaté les années suivantes.
En 1789, le Grand Orient de France compte près de 30 000 membres et de mille
ateliers. C’est un corps puissant, pénétré par les Lumières philosophiques et
diverses cultures spéculatives. L’on sait aujourd’hui qu’il n’y a pas eu de
" complot maçonnique " à l’origine de la Révolution, mais l’on
s’accorde à reconnaître que de nombreux francs-maçons ont influé sur les
évènements et que l’influence des idées débattues dans les Loges a été notable.
Cette empreinte maçonnique dans la Révolution Française est également
perceptible dans les modes de fonctionnement et dans beaucoup des signes
symboliques adoptés par les nouvelles institutions, d’ailleurs, c’est un chant
composé par le Frère Rouget de Lisle qui devient l’hymne national. Toutefois, le
Grand Orient de France a connu, de 1793 à 1796 environ, une mise en sommeil
quasi totale et les francs-maçons ont en général réprouvé, sinon subie, la
Terreur.
3 – Les évolutions du 19ème et de la première moitié du 20ème
siècle.
Le Consulat et l’Empire, perçus par beaucoup de FF\
comme continuité de la Révolution et correction de ses excès, est une période
faste pour la franc-maçonnerie, favorisée mais aussi utilisée par Napoléon, lui
même d’un milieu familial maçonnique. Bien que comptant en son sein des franges
restées républicaines ou monarchistes constitutionnelles, elle lui apporte son
soutien et lui fournit les cohortes d’officiers (on estime par exemple à 17 sur
24 le nombre de Maréchaux d’Empire ayant été Maçons), de préfets, de
fonctionnaires et de représentants des élites culturelles et économiques, qui
constituent la colonne vertébrale du régime impérial. Cambacérès, rédacteur du
Code Civil, est un de ses plus éminents dignitaires. Le Grand Orient de France
se développe rapidement et est alors au faîte de sa puissance. Il compte des
loges dans toute l’Europe et contribue à implanter de ce fait dans bien des pays
des principes qui y feront souche.
En revanche, la Restauration, ouvre une période difficile. Les Loges essaient
pourtant de donner des gages ou de faire profil bas, mais elles vont subir
diverses tracasseries. Les effectifs baissent et, malgré l’épisode de 1830 qui
apporte une embellie et où s’illustre la figure du F\
Lafayette, il faut encore considérer le temps de la Monarchie de Juillet,
jusqu’en 1848, comme une période de stagnation. Pendant cette période, des
groupes carbonari et républicains s’organisent parfois dans les coulisses de
certains Ateliers. Parallèlement, faisant suite à une attirance sensible dès la
fin du 18ème siècle et à l’expédition de Bonaparte en Egypte, naissent les rites
" égyptiens ", connus plus tard sous le nom de Rite de
Memphis-Misraïm.
Confronté depuis le début du siècle à l’implantation du Rite Ecossais Ancien
Accepté et à la persistance en son sein, en particulier dans les hauts grades
écossais, d’un courant soucieux de garder son autonomie, le Grand Orient de
France ne réussit à unir totalement le corps maçonnique français que jusqu’en
1821. Ensuite, l’organisation séparée d’un Suprême Conseil qui regroupe une
partie de ce rite (il restera cependant toujours des loges
" écossaises " dans l’Obédience) met fin à l’unité organique de
l’Ordre.
La franc maçonnerie française a commencé à se politiser et à incarner les
aspirations républicaines dans les années qui précèdent la IIème République.
Elle a participé avec enthousiasme aux évènements de 1848. La majorité des
membres du Gouvernement Provisoire sont Maçons ou le deviendront et beaucoup
d’idées et de mesures prises s’en ressentent, à commencer par l’abolition de
l’esclavage, par Victor Schoelcher, ou l’instauration du suffrage universel.
Lamartine lui-même à cette occasion lui rend hommage et conforte la croyance
selon laquelle le triptyque républicain Liberté-Egalité-Fraternité est d’origine
maçonnique. C’est aussi à cette époque qu’apparaît Marianne, symbole tout à la
fois maçonnique et républicain.
Dès l’élection du prince Louis-Napoléon Bonaparte en 1849 (qui devient
Napoléon III après le coup d’Etat du 2 Décembre 1851), la franc-maçonnerie se
retrouve de nouveau menacée et surveillée, placée sous la tutelle du Prince
Lucien Murat, qui lui est imposée comme Grand Maître pendant une partie du
Second Empire. Elle réussit à s’en affranchir et avec l’entrée dans les loges
d’une nouvelle génération de jeunes républicains, elle s’oppose de plus en plus
hardiment au Régime. Poursuivant sa radicalisation après la chute de Napoléon
III en 1870, elle se lance avec fougue dans l’édification de la IIIème
République. Entre-temps, de nombreux Frères parisiens, Félix Pyat, Jules Vallès
et Jean Baptiste Clément (auteur du Temps des Cerises) parmi les plus
connus, auront été communards en 1871, l’attitude des Loges de Province et du
GODF lui-même ayant été beaucoup plus prudente.
Ces évènements vont contribuer à accentuer l’animosité entre franc-maçonnerie
et Eglise. C’est d’ailleurs à cette époque que le Grand Orient de France, par
une décision du Convent de 1877 sur proposition du pasteur Desmons, en vertu du
principe de liberté absolue de conscience, lève l’obligation d’invoquer le Grand
Architecte de l’Univers dans ses LL\ . Ce principe,
présent depuis le 18ème siècle dans les initiations et les instructions au Rite
Français, n’apparaît d’ailleurs clairement dans l’ouverture et la fermeture des
travaux, ainsi que dans la déclaration de principes, qu’avec les rituels et les
Constitutions adoptés en 1849.
A partir de 1893, des femmes sont initiées et la première obédience mixte
internationale, qui prendra le nom de Droit Humain, est créé. Puis en 1895
apparaît la Grande Loge de France, qui prolonge l’existence du Suprême Conseil
et s’en tient à la seule pratique du Rite Ecossais Ancien Accepté. La nouvelle
obédience laisse alors la liberté à ses Loges (qui sont souvent plus à gauche
que le GODF) d’invoquer ou non le Grand Architecte.
Les Maçons de la fin du 19ème siècle sont influencés par le positivisme
d’Auguste Comte et surtout du F\ Littré, par toutes les
théories scientifiques et les idées de progrès de leur temps. Il est symbolique
qu’Eugène Pottier, qui écrit L’Internationale, ait été franc-maçon. Sont alors
francs-maçons des républicains modérés, la plupart des radicaux, de nombreux
socialistes, des libertaires (Proudhon et Bakounine l’avaient été avant eux) et
de syndicalistes.
En butte à l’hostilité d’une Eglise majoritairement réactionnaire, les
FF\ de la IIIème République, athées ou croyants, sont
farouchement anticléricaux. Persuadés que l’éducation des hommes, outre qu’elle
est nécessaire à l’enracinement de la République, est la clé du bonheur,
désireux de libérer l’espace public de l’emprise cléricale, des hommes comme
Jean Macé, Gambetta, Jules Ferry, Littré ou Camille Pelletan agissent pour
l’Instruction Publique et la Laïcité. La séparation des Eglises et de l’Etat en
1901, menée par Emile Combes, parachève leur œuvre. Jusqu’en 1914,
l’élargissement des libertés publiques (lois sur la presse, loi des associations
de 1901, organisation communale, légalisation du divorce), les principales
mesures de justice (impôt sur le revenu, assistance judiciaire) ou de protection
sociale (secours mutuels, retraites, droit du travail), la création de
nombreuses associations (Ligue de l’Enseignement, Ligue des droits de l’Homme,
Libre Pensée, associations de locataires, coopératives), syndicats ou partis
doivent beaucoup à leur influence ou à leur action de citoyens engagés dans la
Cité. L’idée des congés payés, par exemple, avait déjà été débattue en Convent
au 19ème siècle...
La franc maçonnerie française, toujours activement engagée dans le combat
républicain, subit une certaine usure et plusieurs épreuves après la première
Guerre Mondiale. Elle est alors moins novatrice, parfois pénalisée par une
certaine " notabilisation ". La naissance des partis politiques (Parti
Radical en 1901, SFIO en 1905) la mise en place du paysage syndical et
associatif du 20ème siècle , qui a permis de séparer et de clarifier des
rôles qu’elle assumait en partie jusque là, l’a en retour confiné dans des
missions plus étroites. De plus, la franc-maçonnerie libérale, héritière des
évolutions philosophiques des 18ème et 19ème, voit son aire et son espace de
rayonnement réduits, tant par les régimes totalitaires (Italie, Espagne, pays
d’Europe centrale et orientale) que par l’influence intérieure du communisme sur
les élites ouvrières et intellectuelles. En France, l’Occupation fait passer les
effectifs de l’Obédience de 29 000 à 6000 membres. La maçonnerie anglo-saxonne
de son côté, vecteur d’un Empire (britannique) qui n’oublie pas sa rivalité avec
la France, profite de cet affaiblissement, y compris en disposant à partir de
1911 d’un petit relais national, la future GLNF, qui apparaît alors.
4 – La franc maçonnerie d’après-guerre
La franc maçonnerie française se remet lentement sur pied après la
Libération. L’échec de la fusion du GODF et de la GLDF (refusée par le Convent
de cette dernière), le vieillissement des groupes dirigeants des LL\ et des obédiences et l’ampleur des problèmes expliquent
pour une bonne part ses difficultés. Confinée entre le gaullisme et le
communisme (dont l’expansion à l’Est réduit encore le territoire d’influence à
l’extérieur), souvent perçue comme surannée, tiraillée par des forces
centrifuges, elle va mettre près de quarante ans à retrouver ses effectifs
d’avant-guerre.
Un lent retour au symbolisme, amorcé au début du siècle sous l’influence de
FF\ comme O.Wirth ou Gloton, marque cette période. Ce
courant gagne les obédiences dans le dernier tiers du 20ème siècle, le GODF
moins que d’autres. C’est un phénomène nouveau par ses contenus, avec des
rappels historiques (les " antiques mystères " évoqués dès le 18ème
siècle), et des apports ésotériques déjà connus auparavant de la pensée
maçonnique, mais intégrant également des données nouvelles. Cette évolution
produit des effets positifs et des aspects négatifs. Les apports issus des
sciences sociales, le caractère introspectif de certains témoignages et certains
des échos des nouveaux courants ésotériques sont autant d’enrichissements. Mais
on constate que ce qui n’était au départ destiné qu’à être un complément, dans
une culture forte de bien d’autres aspects, tend parfois à s’ériger en vérité
exclusive. La vulgate symboliste servie prétend souvent au monopole et révèle un
évitement par rapport au réel. Comblant une perte d’identité et d’utilité, elle
en vient à refuser à la maçonnerie, sous couvert d’une introuvable Tradition,
d’être dans l’Histoire. La tentation est forte dans cette optique de faire du
rituel un formulaire magique, une fin en soi.
Les évolutions de la seconde moitié du 20ème siècle sont multiples. La
féminisation de la maçonnerie française, son vieillissement, l’élargissement du
recrutement au sein de couches moyennes plus instruites (ayant beaucoup évolué
dans leur rapport aux idéologies et à la politique), la fin des rôles
traditionnels - tant éducatifs qu’intégrateurs – des Loges, sont des phénomènes
de longue durée. Il faut aussi noter qu’un complexe de " régularité "
envers la maçonnerie anglo-saxonne (à présent en déclin) a pesé pendant quelques
décennies et a mené, de fait, à ce qu’une partie de la franc-maçonnerie soit
captée par des tendances affairistes et réactionnaires. Enfin, le morcellement
obédientiel qui avait commencé à la fin du 19ème siècle, s’est accéléré pendant
la seconde moitié du siècle. Après les naissances de la Grande Loge Féminine de
France en 1945 et de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique
" Opéra " en 1958, l’éclatement en petites unités obédientielles ne
cessera plus : LNF, GLMU, GLISRU, GLMF, OITAR, etc.
Enfin, pendant ce demi siècle qui a vu la franc-maçonnerie française se
reconstruire puis s’étoffer peu à peu à la veille du 21ème siècle, le profil
interne des Loges s’est modifié. L’accent est mis en particulier sur la
" qualité de vie " du groupe. Les loges, plus nombreuses de nos jours
qu’il y a un siècle mais de taille plus modeste, restent mobilisés sur la
réflexion et les combats humanistes, mais sont moins concernées par les enjeux
directement politiques. Elles insistent à présent sur l’assiduité et la qualité
du lien relationnel entre les membres qui les composent.
5 – Qu’est ce que la franc maçonnerie ?
Le survol historique qui a précédé montre que la franc maçonnerie est une
mouvance composite, qui a servi en près de trois siècles de support - ou de
révélateur - à plusieurs démarches. Le Grand Orient de France tire sa légitimité
et sa régularité de paramètres simples, comme l’ancienneté, la représentativité
ou l’acceptation de nouveaux membres selon des méthodes traditionnelles
éprouvées.
Toutes les époques ont produit des groupes à la fois distants et présents au
monde, faisant de la recherche de connaissances et de l’usage de pratiques
rituelles leurs traits identitaires. La franc maçonnerie et le Grand Orient de
France prolongent cette tendance. La franc maçonnerie est avant tout une Ecole
de l’Etre. Pour assumer cette mission, le Grand Orient de France ne se fixe
aucune limite et donne à la franc maçonnerie toute son acception. L’importance
donnée à l’amour fraternel, la complémentarité entre les réflexions symbolistes
et sociales, la pluralité des rites en son sein et la liberté donnée aux Frères
et aux Sœurs de travailler en commun constituent les traits marquants de son
identité. Plusieurs approches permettent de définir la franc maçonnerie comme
une transposition, dans le domaine spéculatif, du travail des bâtisseurs. Le
travail reste d’ailleurs de ce point de vue une valeur centrale de
l’institution. On pourrait ainsi considérer que les francs maçons bâtissent
encore des temples, tant intérieurs (à partir du fameux " connais toi
toi-même… ") qu’extérieurs, pour l’ensemble de l’Humanité. On doit aussi
considérer que trois composantes définissent la franc maçonnerie qui, selon des
proportions variables, est une société à la fois fraternelle, initiatique et
humaniste.
Elle est d’abord et avant tout une Fraternité parce que ses membres, Frères
et Sœurs, forment une famille élue, solidaire et égalitaire. Cette
caractéristique, qui lui vient du fond des âges, fait que les membres de cette
vieille confrérie expriment le besoin de se réunir en sécurité par rapport aux
agitations du monde et en authenticité par rapport à ses perversions (les
" métaux ") supposées. Cela induit une vision positive de l’être
humain, à priori bon et perfectible et a de nombreuses conséquences morales qui
se manifestent de mille manières dans la franc maçonnerie.
Elle est également un groupe initiatique parce qu’elle propose, après un
passage qui symbolise un changement d’état (du profane au maçonnique), une
méthode de travail et une recherche philosophique, vécues dans une discipline de
groupe librement consentie. L’ensemble de ce processus est supposé aider, par un
jeu d’analogies et d’interprétations personnelles, à un déchiffrement du monde
et à une mise en sens de l’existence. Cette fonction est aussi une composante
identitaire essentielle.
Enfin, la franc maçonnerie est une instance humaniste, un lieu de résonance
sociale et de réflexion, un sujet historique, impliqué. Elle, ou le plus souvent
les francs maçons comme individus, sont présents et engagés dans la Cité. Cela
pousse à améliorer à la fois l’Homme et la Société, à étendre les liens de la
fraternité maçonnique sur toute la surface de la Terre, à traduire en termes de
combats idéologiques l’exigence humaniste, pour la Liberté, la Paix et la
Justice.

SES CONCEPTIONS :
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La Franc-Maçonnerie, institution essentiellement philanthropique,
philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité,
l'étude de la morale et la pratique de la solidarité.
|
|
Elle travaille à l'amélioration matérielle et morale, au
perfectionnement intellectuel et social de
l'humanité.
|
Article Premier de la Constitution du Grand Orient
de France.
Ainsi La Fayette reçoit-il une épée d'Honneur de George Washington pour la
part prise par les Francs-Maçons français dans la bataille pour l'Indépendance
des Etats-Unis.
Ainsi, la préparation des idées de Liberté et d'Egalité par les Loges
Maçonniques contribuera aux grandes réformes de la Révolution Française.
Ainsi les réponses à une question étudiée par les Loges du Grand Orient de
France avant la guerre, participeront largement à l'instauration de la Sécurité
Sociale en France.
Mais ce ne sont que quelques exemples, car depuis près de trois siècles,
l'Histoire de la Franc-Maçonnerie française se confondra avec l'Histoire de la
France et des grandes conquêtes sociales dans le contexte humaniste dans lequel
elle se place.
Que ce soit pour l'abolition de l'esclavage avec Victor Schoelcher, pour la
construction de l'école publique gratuite laïque et obligatoire avec Jules
Ferry, plus près de nous l'œuvre d'Arthur Groussier avec la législation
prud'homale, la protection des femmes et des enfants au travail, puis la
réduction du temps de travail, les congés payés, etc., autant de problèmes
étudiés dans les Loges Maçonniques du Grand Orient de France et transformés en
Loi de la République par des Hommes éclairés et à la pointe du progrès dans leur
temps.
Le Grand Orient de France vit dans son siècle et mène les combats
émancipateurs de son temps.
(...) Elle a pour principes la tolérance mutelle, le respect des
autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience. Considérant
les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de
l'appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute
affirmation dogmatique (...).
Article Premier (suite).
Le Grand Orient de France pratique la Tolérance Mutuelle qui est le fait
d'être tolérant avec ceux qui sont tolérants, ce qui impose de lutter contre
tous les dogmatismes qui veulent contraindre à des politiques et à des croyances
en refusant aux hommes toutes libertés en quelque domaine que ce soit.
Alors que dans d'autres formes de Franc-Maçonnerie -notamment dans celles
descendant directement de la Franc-Maçonnerie anglaise et en ayant conservé les
dogmes- il faut être croyant et pratiquant pour être Franc-Maçon, le Grand
Orient de France est institutionnellement une société qui pratique la Liberté
Absolue de Conscience, c'est-à-dire qui laisse à ses membres le choix de croire
en une vérité révélée de son choix ou de n'en pratiquer aucune. C'est ainsi que
dans ses Loges Maçonniques cohabitent des croyants de toutes religions avec des
athées, des agnostiques, des libres penseurs. C'est dans le sens de cette
liberté de conscience que le Grand Orient de France défend la laïcité de l'état
dans l'ensemble de ses activités et pas seulement dans l'enseignement public
qu'elle veut maintenir gratuit, laïque et obligatoire pour tous. Cette
conception nouvelle de la Franc-Maçonnerie -de Liberté Absolue de Conscience née
du Convent (Assemblée Générale annuelle) de 1877 et qui veut agir sur les
problèmes de son temps- a donné naissance à un nouveau courant d'exercice de la
Franc-Maçonnerie que l'on appelle la Franc-Maçonnerie Libérale. Celle-ci se
développe très rapidement dans tous les pays du monde où les hommes aspirent à
ne plus être esclaves des dogmes et des obligations de croire et veulent changer
la société dans laquelle ils vivent, pour préparer celle de demain, meilleure et
plus éclairée.

SON IMPLANTATION
Le Grand Orient de France compte en Aoùt 1996, un total de 38 800, bientôt 40
000 membres répartis en 13 régions regroupant près de 900 Loges, sur le
territoire français et dans les départements et territoires d'Outre-Mer. Il
couvre tous les départements. Il possède au surplus de nombreuses Loges dans les
pays étrangers où il représente la Franc-Maçonnerie libérale.
Il a signé des Traités ou Conventions d'amitié avec de nombreuses Obédiences
françaises et étrangères avec lesquelles il échange des Garants d'Amitié et
reçoit en visiteur dans ses Loges tous les membres d'Obédiences en relation avec
lui, les Loges étant libres de recevoir comme visiteurs les membres d'Obédiences
féminines ou mixtes, le Grand Orient, pour sa part, ne recrutant et n'affiliant
actuellement que des hommes.

SES MÉTHODES DE TRAVAIL
Le Grand Orient de France se veut être un laboratoire d'idées, la base de son
fonctionnement et de la progression de ses membres est le travail.
Pour son perfectionnement personnel, le Franc-Maçon dispose d'une méthode
d'apprentissage au raisonnement qui s'apparente à la méthode analogique et qui a
recours à l'interprétation des symboles. Il utilise comme symboles les outils de
ses prédécesseurs, les Maçons Constructeurs, l'équerre, le compas et progresse
selon l'organisation de ceux-ci : Apprentis, Compagnons, Maîtres Maçons.
Pour travailler au perfectionnement de la société, les Loges du Grand Orient
de France étudient tous les ans plusieurs questions d'actualité, questions
sociales ou économiques choisies par l'Assemblée Générale annuelle, le Convent
et il en est fait rapport de synthèse au Convent de l'année suivante.
Lorsque dans 900 Loges réparties dans la France et le monde et composées de
personnes venant d'horizons différents -et professionnellement, et socialement,
et culturellement et philosophiquement, et politiquement- cela permet d'avoir un
point de vue le plus crédible possible et de faire des suggestions
d'améliorations, très souvent appliquées dans le pays, avec quelques années de
décalage.
La grande force sociale de la Franc-Maçonnerie est cette force de
propositions née de la puissance de travail collectif de ses Loges.

SON ORGANISATION
Le Grand Orient de France est une fédération de Loges, non une fédération de
membres. Chaque Franc-Maçon est coopté par une Loge qui, elle-même, est affiliée
à l'Obédience. La base de l'exercice des fonctions à l'intérieur de la Loge
comme au niveau national de l'Obédience est l'élection, les Loges et l'Obédience
fonctionnent de manière totalement démocratique.
Le Président de Loge appelé Vénérable et l'ensemble des autres responsables
appelés Officiers parce qu'ils tiennent un Office (Orateur, Trésorier,
Hospitalier, etc.) sont élus pour un an par les membres de la Loge appelés
Frères, car la Franc-Maçonnerie est une Fraternité.
L'Assemblée Générale annuelle, le Convent, est le législatif de l'Obédience
composé d'un délégué par Loge ; elle élit un Conseil de l'Ordre de 33 membres
qui est l'Exécutif et une Chambre de Justice qui est le Judiciaire, ces
institutions fonctionnant selon le mode de séparation des pouvoirs. Une
institution supplémentaire est la Commission Nationale de Solidarité qui a pour
rôle de venir en aide aux Maçons dans le besoin.
Le Conseil de l'Ordre élit en son sein un Bureau dont un Grand Maître qui est
le Président national de l'Obédience et la représente seul à l'extérieur.
(...) Sa devise est : Liberté, Égalité, Fraternité.
(Fin de l'Article Premier de sa
Constitution).
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